LA LETRA OCCITANISTA

MARSEILLE 17 OCTOBRE 2015

Regions et Peuples Solidaires

Partit Occitan

Réseaux sociaux

Societat / Société

sam.

25

févr.

2023

RECOURS EN JUSTICE STOP LGV / LNPCA. Communiqué de presse

Le Collectif stop LGV Sud Sainte-Baume a déposé un recours au tribunal administratif de Marseille contre la Déclaration d’Utilité Publique des phases 1 et 2 du projet de ligne nouvelle, aux côtés de la confédération paysanne du Var,  de Régions & Peuples Solidaires, des Vins de Bandol, de l’ADPLG (La Garde 83000), de Resol21 (Aubagne) appuyé par nos associations adhérentes et de nombreux habitants de la Région, car ce projet est inutile et ruineux pour les dépenses publiques et pour l’environnement.

 

Les prises de position tardives qui s’opposent aux nouvelles taxes de financement sont l’arbre qui cache la forêt car ces taxes sont destinées à financer les 20 % que l’Europe ne devrait pas financer contrairement aux attentes des grands artisans de ce projet : État, Région, métropoles et départements.

 

C’est le financement global de ce projet que nous dénonçons :3.5 milliards pour les seules premières phases d’un projet global toujours estimé à plus de 25 milliards avec des risques de dérapages très élevés en criticité et probabilité !

 

Nous nous battons contre ce projet néfaste pour l’environnement puisque selon l’avis même de l’autorité environnementale, ces deux premières phases ne seront jamais neutres en carbone et vont donc participer au réchauffement climatique, sans parler des milliers de tonnes de déblais qui vont dévaster les écosystèmes.

 

Commencer ce projet global par sa première phase, la déconnecter temporairement de la suite est une supercherie.

 

Nous nous battons aussi contre la spéculation et la flambée des prix des terres agricoles et des habitations que ce genre de projet induit afin que les futures générations puissent vivre et travailler au pays.

 

L’urgence climatique ordonne de stopper ce grand projet.

 

Nous appelons les associations et particuliers à nous rejoindre afin d’être encore plus nombreux pour les futurs rendez-vous et notamment devant le tribunal administratif.

 

Association : Collectif Stop LGV Sud Sainte Baume

Collectif.lgv.ssb@hotmail.com

didier.cade@gmail.com

Président : Didier CADE  tel 06 11 97 29 42

 

Confédération paysanne du var

var@confédérationpaysanne.fr

Porte parole :Sylvain APOSTOLO

 

Association : Les Vins de Bandol

contact@vinsdebandol.com

Président : Cédric GRAVIER

 

Association du plan de La Garde

adplg83@gmail.com

Président : Pigaglio Nicolas . Tel 06 07 13 27 02

 

Association : BIO Consom’acteurs Mer Esterel

bioconsomacteursmeresterel@gmail.com

Président : Jean Luc PIERREE

 

Fédération : « Région & Peuples Solidaires »

contact@federation-rps.org

Président : François ALFONSI

 

L’association : Resol21

tazumed@orange.fr

Président : Claude RÉMUZAT

ven.

06

janv.

2023

SAUVER NOS FORETS ?

Une relecture proposée par Sylviane Franzetti

 

           Sauvons nos forêts.

 

La mairie de Hyères vient de donner aux quotidiens le communiqué suivant : « Au moment de la périodede grandes chaleurs et de sécheresse, le maire ne saurait trop recommander aux touristes, campeurs, les consignes en vigueur dans l’arrêté permanent préfectoral.

 

Il compte que toutes les précautions utiles et indispensables seront prises afin de prévenir les incendies ; il rappelle très instamment le danger qu’il y a à jeter sous les pinèdes et dans les sentiers les cigarettes et allumettes non complètement éteintes.

 

Il espère que toute personne aura à coeur de protéger nos forêts contre des calamités qui ont entraîné tout récemment des dégâts importants et que chacun se fera un devoir de sauvegarder notre belle région d’un pareil fléau.»

 

Monsieur le maire d’Hyères fait allusion aux incendies qui ont éclaté le 23 juillet dans la région des Maures et ont fait rage pendant quatre jours, activés par le mistral qui soufflait violemment.

 

Bilan : de La Londe au Canadel sur une largeur de trente kilomètres et une longueur de dix, trente mille hectares de forêts détruites y compris la belle forêt domaniale du Dom.

 

(...) Ce que nous venons de voir dans les Maures, nous l’avons vu les années précédentes dans l’Estérel là-bas du côté de Fréjus, de Bagnols et de Saint Paul en Forêt ; demain ce sera à Thorenc ou ailleurs, c’est à dire partout où il y a des forêts de pins, que, par indifférence ou à cause de la main d’oeuvre trop onéreuse, on laisse envahir par les sous-bois.

 

(...) L’administration forestière (...) qui possède des agents très dévoués, ne semble pas, peut-être faute de crédits, faire tout ce qu’il faudrait pour défendre le domaine forestier. Les communes et les associations forestières essaient de lutter mais les crédits leur manquent aussi.

 

  Ce qu’il faudrait une fois pour toutes, c’est que l’État vienne mettre à la disposition des collectivités intéressées les subventions nécessaires pour une action sérieuse et générale. Il en va de l’avenir de nos forêts, c’est à dire d’une richesse qui s’émiette chaque année sur le Littoral et aura bientôt disparu si on n’y prend garde. » (Extraits de La Petite Revue. 1934)

 

Certaines formulations vous paraissent un peu désuètes ? 

 

C’est normal. Ces lignes ont été extraites de l’éditorial écrit par son responsable de publication, Jules Grec, dans le numéro du 12 août 1934 de « La Petite Revue Agricole et Horticole » qui était diffusée dans les Alpes Maritimes.

 

Depuis 1934, nombreux ont été les incendies qui ont défiguré la région provençale, avec, en dernier lieu, celui qui a détruit les 7000 ha de la réserve naturelle de la plaine des Maures en août 2021 à cause d’un mégot jeté sur une aire d’autoroute.

 

Les avis divergent sur les mesures à prendre pour éviter ces catastrophes ; certains prônent la création de pistes facilitant la circulation des pompiers, de zones régulièrement déboisées faisant fonction de pare feu, d’autres voudraient que les anciennes terres cultivées devenues des forêts retournent à leur vocation agricole, d’autres enfin considèrent qu’il faut sanctuariser certains sites pour sauvegarder la biodiversité; dans le cas de la plaine des Maures, l’emblématique tortue d’Hermann, menacée de disparition, ne peut vivre que dans un espace naturel préservé, non morcelé et il a été démontré son lien profond à un territoire limité dont on ne peut la déplacer ; les tortues sauvées lors du dernier incendie ont été relâchées quelques mois plus tard exactement là où on les avait trouvées et y ont vite repris leurs habitudes. 

 

Même si les incendies sont des fléaux qui sèment la mort et sont souvent suivis d’un ravinement irréversible des terres lors des fortes pluies qui leur succèdent en automne, ils permettent aussi la réouverture des milieux ce qui favorise une biodiversité plus riche que dans un sous-bois (flore, insectes). Mais à condition que la nature ait le temps de se régénérer.

  

Les solutions sont donc complexes et multiples, différentes suivant les territoires et, avec le dérèglement climatique, c’est l’ensemble du pays qui est désormais concerné, y compris des régions qui ne sont pas habituées à ce fléau comme on l’a vu cet été en Bretagne.

  

Ce que l’on peut retenir de l’éditorial écrit en 1934 ce sont les deux facteurs qui ne changent pas : l’inconscience des auteurs de certains incendies involontaires (hélas, on n’empêchera pas des cinglés de mettre volontairement le feu ni la foudre de déclencher un incendie) et le manque de moyens et donc de crédits pour permettre à chaque partie prenante, de façon décentralisée, d’étudier et de mettre en œuvre les solutions appropriées à chaque territoire (un incendie dans une zone de montagne inaccessible ne se combat pas de la même façon qu’un incendie de plaine).  

 

Sylviane Franzetti

 

Vous retrouverez le sens et l’étymologie des noms de lieux de cet article (Sauvons les forêts) dans le « Dictionnaire des noms de lieux de L’Estérel » (Bagnols, Breton (!), Canadel, Domaine du Dom, Dramont, Estérel, Frejus, Issambres, La Londe, Vinaigre…). Gérard Tautil, L’Harmattan 2021. Commande : Lo Cebier. 300, chemin du Plan de Chibron. 83870 Signes. (21 euros, pòrt compris, chèque à l’ordre de Gérard Tautil). 

ven.

06

janv.

2023

Actualités sur le projet de ligne nouvelle LNPCA.

Le projet de Ligne Nouvelle a donc bien été scindé en plusieurs parties avec pour objectifs annoncés pour les premières phases : la résolution des problèmes que sont les nœuds ferroviaires et la création de TER autour des métropoles.

 

Par cette approche l'État compte gagner l'approbation des populations en réduisant (temporairement) le budget annoncé et en augmentant le service rendu (qui pourrait l'être sans ce projet).

 

Cela a fonctionné avec les commissaires enquêteurs qui ont donné un avis favorable au projet et, bien sûr, l'État a entériné la déclaration d'utilité publique de ces phases le 13 octobre 2022 tout en rappelant qu'il s'agit d'un projet global. 

 

La réalité est bien différente et plus complexe. Risques sous évalués dans leurs probabilités et criticités, émissions de GES pour les travaux minimisés quand celles qui seront à terme évitées sont exagérément valorisées.

 

Le collectif Stop lgv Sud Sainte-Baume a donc déposé un recours au tribunal administratif de Marseille. Il est rejoint par la Confédération paysanne du Var, l'Association de Défense du plan de La Garde, Bioconsom'acteurs-Mer- Estérel, Trait d'union Resol 21(Aubagne), les Vins de Bandol et Régions & Peuples Solidaires. 

 

Didier CADE

Président de Stop-LGV-Sud Sainte-Baume

ven.

06

janv.

2023

LO PONCH SUS LEIS I (s)!

Viandes bio, industrielle et régime végétarien

 

Bon à savoir pour les esprits affutés. L'enfer néolibéral est de plus en plus souvent pavé des meilleures intentions écologiques. Le discours anti-viande systémique qui fait reposer l'avenir de la planète sur la réduction de la consommation de viande repose déjà sur un amalgame entre les filières industrielles de production de viande et les systèmes de production traditionnels herbagers/pastoraux.

 

Selon ce catéchisme, l'introduction d'un repas végétarien en restauration scolaire nous permettrait de réduire nos émissions de GES. Je n'ai évidemment rien contre les régimes végétariens qui relèvent des choix personnels de chacun. Par contre, est-ce à dire qu'avec 1e repas végétarien par semaine, on a fait une bonne action, et que les trois autres repas on peut consommer de la viande bas de gamme. Et ben, oui, hélas, c'est exactement ce que cela signifie!

 

Je suis bien placé pour observer cette forme de dérive. Gérant de la SCIC AGRIBIO PROVENCE qui propose des produits bios locaux aux cantines scolaires, je constate qu'avec de la viande d'agneau bio à 15/16 euros le kg, nous ne sommes absolument pas compétitifs par rapport à des fournisseurs de viande en conventionnel dont les offres de prix vont de 5 à 10 euros/kg.

 

Je comprends donc que les gestionnaires de cantines, compte tenu des budgets dont ils disposent, ne puissent proposer de la viande bio. D'autant qu'avec le repas végétarien, ils auront en prime la bonne conscience écologique qui leur permettra de justifier leurs achats de viande à prix dumping le reste de la semaine. 

 

Mais en tant qu'éleveur et paysan bio, cette forme de bonne conscience à 2 balles me met assez en colère. Lors du dernier séminaire de la Confédération Paysanne en Ariège sur le "Pastoralisme et réensauvagement", une éleveuse ovine a fait le calcul réel de ce que coûterait le Kg d'agneau sans aides européennes. Elle tombe sur un prix de 44 euro-/kg. Et on peut lui faire confiance.

 

Moralité : Si vous voulez réduire la consommation de viande, il suffit de payer le juste prix aux éleveurs bios et cesser de faire des campagnes de communication qui entretiennent des amalgames.

 

D'autant plus quand ces campagnes de pub omettent sciemment de donner une information complète sur les précautions nutritionnelles à avoir lors d'un régime végétarien, ou qu'elles culpabilisent un public jeune pré-ado ou adolescent, en créant de toutes pièces des phobies alimentaires au nom de la survie de la planète.

 

Denis CAREL

Paysan et éleveur bio (Var)

ven.

06

janv.

2023

Lo BILHET d’Andrieu ABBE - Destrucis a Frejus

Quora la corrida se convida mai, es de suportar lo calvari ò non ?

  

Fa quauqueis ans que la restauracien de l'arena de Frejus es acabada. Un còp dau mes li passi davant en anant au coifur...e pasmens mi li poadi pas acostumar. Eri anat veire lo resultat deis òbras, au defòra e au dedins, après l'inauguracien, e n'èri restat candit.

 

Lo monument roman es estat descarat, escondut sota d'estruturas de ciment e de ferre. Coma lei "Monuments historiques" an poscut laissar passar lo projècte d'aquèla marrida accien? An vogut faire un espaci modèrne per leis espectacles d'estiu, an capitat!

 

Dins l'arena de Frejus convidan cantaires e dançaires mai plus jamai toreadors, pedons e picaires. Lo cònsol vòu plus de corridas. Aquela arena aviá l'originalitat d'èstre la mai orientala dau monde de la tauromaquia. Per trovar una corrida au levant de Frejus faliá anar... au Mexic!

 

Vos dirai que siáu còntra la corrida mai pas un adversari acarnassit. Siáu pas vegetarian e se duviáu faire la tiera deis exemples dei bèstias que l'òme fa sufrir, lei pajas dau jornau bastarián pas. Quauqua ren mi tafura dins la garolha dei pros e antis.

 

Leis anticorridas mai incondicionaus son aquelei que voalon lei lops sus nostrei montanhas e ara dins nostrei coalas tanben, sensa pensar ai centenaus de fedas e d 'anhèus que ne' n son lei victimas. Un buòu de combat viu vint minutas de calvari. Una feda nafrada per lo lop viurà dètz, vint, trenta oras de calvari avant de crebar.

 

De tot biais, lei tradicions mortinèlas, mai ò mens vièlhassas, son en chancèla e, de l'autra man dei Pirenèus, nòstrei cosins catalans an ja dich Non juridicament a la corrida, caspi !

 

De senhalar qu’avèm pas de plànher la corsa camarguesa en Provença, nimai la corsa landesa de l’autra man dau Ròse, corsas pacificas que la bèstia e l’òme concorron sensa deguna gota de sang.

mer.

03

août

2022

Avèm legit

Jean DALVERNY. Mistral et la Politique. 1848-1873. DFS+ Aix-en-Provence (mai 2016). 15€

 

Mea culpa ! Ce livre de Jean Dalverny, historien dans les classes préparatoires à Saint-Cyr du lycée militaire d’Aix-en-Provence, et aujourd’hui malheureusement décédé, m’a été adressé par son fils Jean-Yves.

 

C’est un livre que tout provençaliste-occcitaniste doit lire. Je l’ai lu avec plaisir, mais avec retard, après la rédaction de mon livre CONTRATÈMPS. Letras sus l’Occitania e l’occitanisme qui va sortir chez IDECO Edicions et dans lesquelles j’analyse le retrait de Mistral de la politique, de son fédéralisme de jeunesse, et surtout ses refus de répondre aux nombreuses relances faites par Maurras sur la question fédérale revisitée. 

 

Jean Dalverny analyse la politique mistralienne en tenant compte des commentateurs majeurs, Claude Mauron et Robert Lafont, qui ont lu l’œuvre du Maillanais, tout en donnant des points de vue différents. Ce livre à la fois critique et favorable à Frédéric Mistral, est un travail qui est malheureusement resté à l’écart de la critique des « spécialistes ».

 

Pourtant, il met en perspective le positionnement républicain du jeune Mistral, ses déceptions politiques et ses infléchissements vers l’Empire et la monarchie ; il rappelle avec justesse comment l’auteur déçu de Calendal, après son succès (surtout parisien) de Miréio, se consacre essentiellement à l’irremplaçable travail de recherche lexicale du Tresor dóu Felibrige, principal outil de la Renaissance panoccitane.

 

Faut-il le rappeler à certains révisionnistes provençalistes, aujourd’hui très minoritaires ? Il rappelle les contradictions propres aux fondateurs, réunis à Font-Ségugne, berceau du Félibrige essentiellement vauclusien. Issus de la bourgeoisie provençale (6 sur 7)  ils participent d’une forme d’élitisme, autour de l’aristocrate monarchiste Roumanille, artisan de son « provençal nettoyé » (sic).

 

Le marseillais Victor Gelu refusera de rejoindre le Félibrige « en raison de ses références conservatrices et religieuses proposées à ses militants », écrit J. Dalverny. Pourtant, le Félibrige sous l’impulsion de Mistral s’affirme à son origine comme le lien entre les différentes composantes du peuple provençal et cela à travers le respect de la langue pour le plus grand nombre. Ils pour Mistral l’expression de la langue historique des « Midis ».

 

Jean Dalverny rappelle ce retrait de la politique opéré par Mistral. Aurait-il subi l’influence des félibres conservateurs qui l’entourent ou son républicanisme n’est-il que d’apparence, se demande-t-il ?

 

La contradiction que rencontre le défenseur de la langue provençale est majeure face au poids culturel de la langue française et à la centralisation historique depuis le 16e siècle, renforcée par 1a Révolution et le Premier Empire.

 

Or la défense de la langue est politique : « Ni l’Empire ni la République ne pourront l’accepter. Mistral s’y cassera les dents », dit-il. D’où le repli mistralien sur une stratégie prioritaire de reprise de la langue en Provence ; le pari félibréen veut se renforcer en 1863 et Mistral veut contrôler les débordements anti-français qui pointent parfois chez Roumanille et Aubanel.

 

C’est sans doute là qu’il est pris à son propre jeu : comment concilier l’affirmation d’une « nation provençale », la critique de la centralisation et le rappel « Nous sommes de la grande France, franchement et loyalement ? » J. Dalverny y voit une « habileté » et un « pouvoir d’initiative dont il ne se prive pas ».

 

Mais aussi une limite en raison de la composition hétéroclite des membres et proches du Félibrige qui ne dissocient pas catholicisme et Provence : aristocrates et royalistes nostalgiques de l’ancienne Provence, attachés à la « terre » et aux libertés anciennes, légitimistes « modérés », partisans d’un catholicisme social…

 

C’est sans doute dans ce contexte que Mistral fait souvent référence à Dieu, à l’opposé de ses premières années d’engagement. Conservateur, il adhère au Code napoléonien qui garantit ses terres. Confronté au camp républicain, face à la répression du général Cavaignac (journées de 1848), il s’éloignera des ouvriers et des socialistes réduit au statut « d’émeutiers ».

 

La crainte de la violence et des partejaires urbains l’oppose au « peuple des campagnes » et des bourgs. La fracture sociale devient fracture politique. Il saisit alors une opportunité : lecteur du Principe fédératif de Proudhon en 1863 (plus que de son ancrage socialiste), il y trouve, à l’opposé du séparatisme, une solution décentralisatrice, une Provence autonome et la langue protégée. Voire même une « grande nation ligure » qui préfigure l’Union latine.

 

Sans oublier les Catalans fédéralistes qui l’incitent à réfléchir sur la situation politique de la France et dont le « régionalisme offensif » de Balaguer (son catalanisme nationaliste) est bien différent du régionalisme provençaliste. Cette relative avancée ne l’empêche pas de rompre avec la « secte démocratique » des républicains et de rejoindre le bonapartisme. Engagement qui se double d’un rappel à l’ordre fait aux félibres : « Le Félibrige ne peut être que girondin, religieux, libéral et respectueux des traditions. »

 

Cette double rupture s’affirme avec les communes de Paris et de Marseille qui vont renforcer son conservatisme. Jean Dalverny y voit « le grand tournant du régionalisme mistralien ». 

 

L’auteur met en perspective la montée d’un mouvement ouvrier révolutionnaire diversifié, la défaite devant la Prusse, la proclamation de la République avec Gambetta - hostile aux « particularismes régionaux » -, le siège de Paris et sa capitulation (janvier 1871), l’insurrection face au gouvernement Thiers, qui fait encercler Paris insurgé après avoir accepté toutes les conditions du chancelier prussien.

 

Face à la guerre civile qui divise deux camps dans Paris (celui qui a signé une paix honteuse, le pouvoir légal issu des urnes, et le camp révolutionnaire), et face à l’écrasement de la Commune, Mistral dénonce la violence. Entre-temps Marseille a connu ses deux communes dont la répression de la deuxième a fait plus de 150 morts et 800 arrestations.

 

Le Maillanais n’ignore pourtant pas que la première a penché vers le fédéralisme avec Crémieux. Certes, à condition de ne pas le lier au socialisme… Tout est dit, les communes de Paris ne feront que conforter sa méfiance et son éloignement de la politique.

 

Il ne verra pas, dit J. Dalverny « que le système communaliste se veut fondé sur l’entraide, le dialogue, la générosité, l’égalité avec l’impérative nécessité de courage et du combat poussés jusqu’au fanatisme meurtrier que les révolutions populaires exigent. ».

 

Une chose apparaît clairement pour l’auteur : les illusions fédéralistes sont balayées par le néo-jacobinisme parisien. L’illusion mistralienne s’en tient au principe d’un fédéralisme pacifique favorisant l’action régionale « respectueuse d’un ordre qualifié de bourgeois par ceux qu’il veut ignorer. » Les fédérés ont corrompu le fédéralisme politique. Ce constat boucle cette période du mistralisme. 

 

Il est dommage que cette étude s’arrête à l’année 1873. Il est vrai que le retrait de toute action politique pour F. Mistral sera la fin de l’espoir d’une politique régionaliste décentralisée. Et les relances d’un Charles Maurras, fédéraliste conservateur et monarchiste, resteront sans réponse.

 

Toute sa correspondance témoigne du repli essentiellement culturaliste du Capoulié à vie du Félibrige. Tout le courrier de Mistral témoigne de ce repli irréversible au-delà de la période étudiée par l’auteur. Un exemple parmi d’autres : « Se lachan uno fes la passioun de la lengo pèr nous esperdre i ranganello de la decentralisacioun, lou Felibrige sara malaut.

 

Leissen patouia aqui-dintre li qu’an ges de pouèmo à faire. » (Lettre à Devoluy. Septembre 1901)

 

Pour comprendre les chemins difficiles – mais pas si buissonniers que cela – de la pensée culturelle et politique de Mistral, il faut lire le livre documenté et ouvert de l’Aixois Jean Dalverny.

 

Gérard TAUTIL

(Article publié en occitan dans la page de Mesclum-La Marseillaise. Mai 2022)