LA LETRA OCCITANISTA

MARSEILLE 17 OCTOBRE 2015

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Orange : le Covid-19 s’invite au débat (virtuel) du budget 2020 - Le Dauphiné - 22 avril 2020

Un seul point était réellement au programme de ce conseil municipal : le débat d’orientation budgétaire. Mais difficile pour les élus d’opposition de ne pas évoquer la situation actuelle et l’après-confinement.

 

C'était une première. Les élus de la majorité et de l’opposition ont participé au conseil municipal depuis leur salon ou leur bureau personnel, en tout cas loin de la salle du conseil. Seul le maire et Anne Crespo, l’adjointe aux finances, étaient installés dans leurs bureaux respectifs en mairie.

 

C’est donc par écrans interposés que 18 élus, bien loin des 34 qui prennent d’ordinaire place autour de la table, se sont retrouvés pour débattre du rapport d’orientation budgétaire. La condition sine qua none pour tenir un conseil en temps de confinement.

 

Le résultat de ce dispositif a été quelque peu déroutant. Autant pour les élus, pas franchement à l’aise avec l’outil, que pour la quarantaine de personnes qui a suivi ce conseil municipal, peu habituées à regarder ce genre de débat depuis chez elles. Si le conseil a mis un peu de temps à démarrer, chacun voulant bien s’assurer d’être entendu, les conseillers d’opposition ont rapidement pris la parole après la rapide présentation du rapport d’orientation budgétaire. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le COVID-19 a largement pris le pas sur le rapport…

 

Fabienne Haloui, Régine Pellegrin, Anne-Marie Hautant et Christine Badinier s’associant pour reprocher au maire d’avoir organisé ce conseil municipal. « Alors que l’ordonnance gouvernementale a retardé le vote du budget jusqu’au 31 juillet, je ne comprends pas votre précipitation, Monsieur le maire, à vouloir débattre du rapport d’orientation budgétaire aujourd’hui.

 

Nous pouvions prendre le temps d’évaluer toutes les conséquences de la crise sanitaire majeure qui affecte notre planète », a d’abord lancé Fabienne Haloui, élue d’opposition PC, vite rejointe par Anne-Marie Hautant, du groupe “Aimer ma ville”, qui a de son côté reproché que la crise sanitaire ne soit pas plus prise en compte dans le rapport d’orientation budgétaire.

 

« Ce rapport a manifestement été élaboré bien avant la crise, à un moment où vous étiez certain d’être réélu au premier tour. Ainsi M. le maire, vous agissez comme si vous étiez réélu et vous nous présentez un ROB hors sol, hors contexte, hors du réel, avec des prospectives financières pêchées on ne sait où », a-t-elle avancé.

 

« Il n’est pas malsain de faire voter le budget qui nous permet de fonctionner dans ces premiers mois de l’année »

 

Si le plan pluriannuel d’investissements n’a pas été commenté, les quatre élues féminines ont de concert reproché à la majorité de ne pas penser à l’après-confinement. « Avez-vous par exemple recensé les besoins de la population, des commerçants qui se retrouvent déjà dans d’immenses difficultés et ce pour longtemps sans doute ?

 

Avez-vous travaillé sur des projections de déconfinement ? À ces deux questions, malheureusement c’est non ! Sinon, vous nous le diriez ! », a glissé Christine Badinier. L’occasion aussi pour Régine Pellegrin de rappeler que les élues de gauche avaient demandé à ce que soit mise en place une cellule de crise : « Une anticipation réfléchie et concertée dans une cellule de crise aurait permis une organisation de la solidarité efficiente »

 

Gilles Laroyenne, seul représentant de l’opposition à droite, a également parlé de « l’effondrement à venir », se concentrant, lui, principalement sur l’aspect économique. « Vous restez immobile alors que le monde a tant évolué et que la ville d’Orange est si peu préparée au choc économique qui s’annonce.

 

Les commerçants et artisans d’Orange étaient pour beaucoup déjà en situation de fragilité mais après cette crise sanitaire, il est à craindre que beaucoup ne se relèveront pas », a-t-il souligné, n’hésitant pas à proposer, comme Fabienne Haloui, quelques idées pour la suite (lire par ailleurs). La campagne pour les municipales étant dans un coin de la tête de tout le monde…

 

Le maire Jacques Bompard, de son côté, est resté fidèle à sa position, déjà largement détaillée dans les réponses écrites adressées à l’opposition depuis le début du confinement. « Je suis maire d’Orange, pas président de la République. Si l’on vous écoute, ce serait à la commune de tout faire.

 

Toutes vos interventions visent à ce que la commune remplace l’État. On nous accuse de ne pas estimer les bouleversements à venir mais ils sont dus à la politique menée par l’État depuis plusieurs mandats. Ils ont détruit la médecine et la commune ne peut pas compenser ça.

 

Nous faisons tout ce que nous pouvons, et même des choses qui dépassent nos compétences pour apporter des solutions actuellement. Et, concernant le débat d’orientation budgétaire, nous pouvions le faire depuis le mois de décembre. Nous ne sommes donc pas particulièrement en avance. Il n’est pas malsain de faire voter le budget qui nous permet de fonctionner dans ces premiers mois de l’année… »

 

La polémique des masques continue

 

Alors que depuis la semaine dernière, la mairie distribue des masques en tissus confectionnés bénévolement par des associations, les critiques fusent concernant cette initiative. Fabienne Haloui regrettant que la commande de masques de la CCPRO n’ait pas été réalisée plus tôt.

 

« Vous avez alors rêvé, en espérant faire face à la demande en constituant un stock de masques à partir du travail des bénévoles sans même leur fournir ni le tissu ni l’élastique, ni même le patron de masque recommandé par les centres hospitaliers et l’AFNOR », a-t-elle de nouveau lancé lors du conseil municipal. Une position partagée par ses collègues Régine Pellegrin, Anne-Marie Hautant et Christine Badinier, qui se demandent également quand est-ce que les masques de la CCPRO seront livrés aux Orangeois.

 

« On devrait les recevoir le 12 mai et on travaille sur les modalités de distribution, a glissé Jacques Bompard. Elle devrait s’effectuer comme celle que nous avons lancée, soit par tranches d’âge, en commençant par les personnes les plus vulnérables. »

 

L’intercommunalité a commandé 60 000 masques dont 30 000 pour la ville d’Orange. « Au début, l’État soutenait que le port du masque n’était pas forcément nécessaire.

 

Quand on a commencé à parler du déconfinement, les délais pour acheter des masques étaient importants, c’est pourquoi on a commencé par faire appel à la solidarité », a rappelé le maire, soutenu par son adjointe aux affaires sociales, Marie-Thérèse Galmard : « Au CCAS, on ne reçoit que des appels pour nous remercier de cette initiative… »

 

Bons d’achat, prime aux agents… des propositions pour aider l’économie

 

« Quelles mesures budgétaires allez-vous prendre pour aider nos entreprises, nos commerçants, nos artisans, nos associations ? », interroge Gilles Laroyenne, résumant ainsi les questionnements de l’ensemble des élus d’opposition. Pour sa part, il propose que la Ville mette en place des bons d’achat à dépenser dans les commerces de proximité.

 

Une idée également formulée par Fabienne Haloui, qui avait déjà proposé cette mesure au maire après la crise des Gilets jaunes. « Cette proposition est devenue indispensable si nous voulons que notre commune adopte un budget de combat contre la crise qui va frapper durement nos concitoyens », précise-t-elle, détaillant aussi plusieurs propositions en lien avec les familles. Comme la mise en place d’un tarif progressif pour la cantine, le CLAE et les centres de loisirs ou la création d’animations supplémentaires pour les enfants et les adolescents pour l’été.

 

« Je vous adjure, Monsieur le maire, d’utiliser toutes les solutions juridiquement permises pour injecter massivement et immédiatement une partie des 28 millions d’euros de la trésorerie de la ville dans l’économie réelle », ajoute Gilles Laroyenne.

 

Anne-Marie Hautant, de son côté, espère que le maire versera la prime de 1 000 € aux fonctionnaires qui ont œuvré pendant cette crise.

 

« Le président de la Région nous a saisis pour qu’on participe au fonds créé pour les entreprises, leur permettant d’engager un taux à prêt zéro. Nous avons donné 100 000 €. Les loyers et les taxes de terrasse sont suspendus, a de son côté répondu le maire.

 

Nous aidons les petites entreprises autant que nous le pouvons, nous avons d’ailleurs mis en place un service pour les accompagner. 16 entreprises nous ont d’ores et déjà sollicités. Pour les bons d’achat, je maintiens que la gratuité ne vaut rien. Pourquoi la commune devrait donner des bons d’achat alors que l’État donne des aides. L’emploi, c’est de la compétence de l’État. »

 

Et les Chorégies ?

 

Après l’annonce de l’annulation des Chorégies, les conseillers d’opposition ont demandé au maire quelles actions de soutien étaient envisagées au niveau de la commune. Avant toute réponse, le maire, Jacques Bompard, a souligné qu’il soutenait la décision du président de la Région, Renaud Muselier, et du directeur des Chorégies, Jean-Louis Grinda, dans leur choix.

 

« Je crois que les Chorégies sont sauvées financièrement mais elles vont connaître des difficultés. Les collectivités auront les moyens de les aider à proposer de grands spectacles pour l’année prochaine », confie-t-il, espérant qu’un spectacle soit conservé pour être retransmis uniquement à la télévision, en plus de Musiques en fête. « Dès que nous pourrons, nous allons aussi proposer les animations de la ville qui permettent d’amener du monde dans les commerces. »